« Mes derniers travaux tentent de sortir la gravure de son format et de ses critères de présentation classique. Je réalise outre les tirages classiques de grands formats en manière de rouleaux de papiers peints prêt à être marouflés sur différents supports.
Les influences des premières tentatives photographiques sont importantes. Une manière de réfléchir à une distance intellectuelle face à l’image « objective » ou bien de conserver une image surtout rétinienne et mentale… »

« Quand on traduit une idée en image, soit l’image devient bancale, soit l’idée
Explose…
Moi je suis plutôt pour l’explosion. »

Heiner Müller.

 

Le paysage comme « Cosa mentale »
Projection de celui qui produit l’œuvre mais aussi le regarde.
Paysage en quelque sorte sans fondement réel ou l’absence humaine est criante est pourtant signifiante… Ce « refoulé » de la présence humaine « dans » ou « hors » du paysage génère une angoisse-présence ou angoisse-conscience.

« Dans l’œuvre d’Emmanuel Gatti, peu de traces apparentes de l’humain à l’ombre d’un regard qui l’évite et qui le rêve.
Formes inquiètes d’impressions à l’épreuve d’une fiction, ces images photographiques altérées sont matière à se souvenir des silhouettes et des contours des choses avant que les mots ne les dessinent. Ce sont des paysages prolongeant la durée d’un moment oculaire que l’évanescence gravée de ces mondes aperçus donne à voir.
Emmanuel Gatti porte une expérience générée sous influence d’une prise de vue ou de foyers géographiques intimes éloignés dans le temps : un autrefois, la jeunesse, un état d’euphorie précédé ou suivi d’une chute.
L’exotisme des origines devient en traversant des paysages masques d’un purgatoire initiatique à jamais ; ce sont les lieux flous de l’attente sans fin d’une imagination secouée par le trop de réalité qui l’entoure. »

Gaetano Ciarcia. Anthropologue.

 

Emmanuel Gatti bouscule les codes classiques des médiums employés – gravure et photographie – et interroge la nature-même de l’image. Sa technique très personnelle et aboutie de transferts photographiques consiste en une impression de photographies sur des rhodoïds, qui deviennent alors les nouvelles matrices sur lesquelles il va intervenir par un procédé plus classique de gravure en taille douce pour enfin les réimprimer. L’artiste emmène ainsi la photographie, l’image numérique, instants fugitifs dans l’immobilisme et le silence d’une esthétique plus « classique » grâce à l’intervention de la gravure qui vient inscrire cet instantané dans le temps. Inversant les éléments lisibles de texte, il surprend, laissant entrevoir l’envers, et nous invite à passer de l’autre côté, comme un clin d’œil audacieux à la tradition de l’estampe ; tradition qu’il bouleverse encore par les formats monumentaux de ses gravures en taille douce ou par la mise en scène des estampes sur des papiers surdimensionnés. Dans certains de ses « transferts », l’artiste reprend des images des grands classiques du cinéma, dont l’esthétique et le sens ont marqué notre mémoire rétinienne et culturelle. À ces références viennent s’ajouter les reflets dans le téléviseur, du lieu où s’est tenu le visionnage. Ainsi, liant le contexte à la trace culturelle et mémorielle, il interroge sur la distance intellectuelle face à l’image objective.

Eglantine Dargent.

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